dimanche 1 décembre 2013

Noir Détroit / liberation.fr


Noir Détroit
Gilles RENAULT 18 novembre 2013 à 20:56
 
Le multi-instrumentiste Pascal Humbert et Bertrand Cantat. (Photo Richard Dumas)
CRITIQUE
Bertrand Cantat, en duo avec Pascal Humbert, signe un retour discret avec «Horizons»
 
 
Fin septembre, quand a été divulguée la chanson Droit dans le soleil, le retour de Bertrand Cantat dans le circuit a provoqué un véritable barouf médiatique. Fallait-il, ou non, accorder l’absolution artistique à celui qui, depuis dix ans, ne squattait plus guère que la rubrique faits divers, du meurtre à Vilnius, en Lituanie, de sa compagne, l’actrice Marie Trintignant, au suicide par pendaison de Kristina Rady, la mère de ses deux enfants, qui lui reprochait semble-t-il une attitude destructrice, limite psychotique ?
Etymon. Condamné à huit ans de prison et libéré au bout de quatre, l’homme a purgé sa peine, au moins d’un point de vue strictement légal, beaucoup refusant de lui donner quitus. Un mois et demi après le titre d’appel poignant Droit dans le soleil, sort l’album Horizons, sous l’identité de Détroit, accompagnée, entre parenthèses sur la jolie pochette, du nom des deux musiciens impliqués, le multi-instrumentiste Pascal Humbert, et donc, dans le rôle de l’archange maudit, Bertrand Cantat.
Le sait-on, le mot «détroit» («là où les voyageurs, les astres et les embruns croisent leurs destinées», dixit l’argumentaire) possède le même étymon latin, districtus, que «détresse», cet irrémédiable sentiment d’affliction qui irrigue l’impossible retour de la rock star perdue.
A l’inverse du tohu-bohu provoqué par l’annonce du come-back, la sortie de l’album, hier, se fait dans une relative discrétion. Hormis une interview à l’embarrassante complicité publiée dans les Inrocks fin octobre, Bertrand Cantat a fait le choix prudent de ne pas s’exprimer. Reste donc à écouter ce que dit Horizons, rite expiatoire qui règle des comptes avec les médias («Dans leur panier à ordures il y aura / Cinq cent dix versions / Pour engraisser les porcs», Ange de désolation ; «Au dehors, le spectacle abject continue / Et tous les doigts pointés en déluge de papier / Envahissent les avenues», Horizon), ressasse l’irréparable («Je t’aime mais je ne tiens pas dans le creux de ma main») et retombe ponctuellement (Terre brûlante) dans l’ornière de ce galimatias déclamatoire qui souvent menaça Noir Désir.
Lenteur. Plutôt distinguée, la partie musicale (guitare, basse, batterie, programmations, auxquelles s’adjoignent diverses ornementations : violon, violoncelle, harmonica) privilégie une certaine lenteur introspective où la rage ne s’autorise que de brèves incursions  (le Creux de ta main, unique écho aux incandescents Tostaky ou Un jour en France d’antan). Deux titres en anglais sans intérêt ni accent (Glimmer in Your Eyes, Null and Void) complètent l’appareillage, avant une ultime reprise d’Avec le temps, aussi attendue (Léo Ferré appartient au panthéon du chanteur, qui l’a déjà hommagé sur disque et sur scène) que tristement antithétique : «Avec le temps, va, tout s’en va / On oublie les passions et l’on oublie les voix…»  Alors que tout ce qui précède s’emploie à démontrer l’exact contraire.
Gilles RENAULT
Détroit, CD : «Horizons» (Barclay).

Détroit : « Une charge émotionnelle énorme » / lesoir.be


Détroit : « Une charge émotionnelle énorme »
par Didier Stiers le 18 novembre 2013@didierstiers 


 

Catherine Graindorge est une artiste qui s’épanouit sur scène et multiplie les collaborations. La violoniste bruxelloise vient de prêter ses cordes à Détroit, sur quelques morceaux de l’album Horizons tout juste sorti.
 
Jusqu’ici, on avait pu l’entendre avec Venus, Thot et Monsoon. Ou Nox, un trio violon/(contre)basse/batterie aux influences rock/classique/jazz. Et puis sur un premier album solo enregistré en 2012. The secret of us all, c’est son titre, est de ces précieuses cartes de visite : sans lui, la route de Catherine Graindorge n’aurait probablement pas croisé celle de Pascal Humbert et Bertrand Cantat.
Par quel biais s’est nouée cette collaboration avec Détroit ?
C’est Pascal Humbert, avec qui j’ai une chouette relation – nous essayions de travailler ensemble depuis plusieurs années -, qui m’a contactée pour enregistrer du violon et de l’alto sur Horizons. Sans ce contact, je ne vois pas comment je me serais retrouvée là… Pascal aime bien ma musique, il a entendu mon album et il a parlé de moi à Bertrand Cantat. Pascal est quelqu’un en qui j’ai entièrement confiance, et j’ai accepté sa proposition.
Pas d’hésitation, quand la proposition est arrivée ?
J’ai accepté de le faire… Alors évidemment, une fois que je me suis retrouvée devant Bertrand Cantat, il y a tout son passé, une charge émotionnelle qui est énorme, et on ne peut pas s’empêcher de revoir toutes les images qui ont été bassinées par la presse. Mais en même temps, c’est quelqu’un qui m’a touchée. Je ne le pose pas en victime. Mais avec tout ce qu’il porte en lui… Et donc j’assume totalement ma collaboration !
T’es-tu sentie d’autant plus touchée que tu es toi-même artiste ?
Difficile de répondre. Je ne peux pas me mettre à la place de quelqu’un d’autre. Mais je suis dans la position d’une artiste et effectivement, ma sensibilité est peut-être plus « alerte » par rapport à l’artiste. Le fait que je sois aussi mère, peut-être aussi que mon père a été en prison (Ndlr : l’avocat Michel Graindorge)… Ça n’a rien à voir, mais la rumeur, j’ai vécu ça. Je le redis : la situation est totalement différente, mais pendant des années, même quand mon père a été acquitté, j’ai été « la fille de » et j’ai été jugée en fonction, positivement ou négativement. Je sais donc tout le poids que ça représente. Mais artistiquement, Bertrand Cantat est quelqu’un d’entier. C’est quelqu’un d’entier dans tous les sens du terme, et on ne peut pas ne pas être sensible à toute cette charge émotionnelle.
 

Concrètement, comment s’est déroulé ce travail ?
Tout a été très vite : Universal m’a contactée en juin pour aller enregistrer dix jours plus tard à Carpentras au studio Vega. J’ai reçu deux morceaux deux jours auparavant, j’ai donc pu un peu préparer chez moi. Quand j’ai débarqué là-bas, j’ai enregistré de midi à minuit et j’ai essentiellement improvisé. C’était super, parce que Bertrand et Pascal, et Bruno Green qui était avec eux dans l’aventure, me laissaient essayer des choses. Au final, j’ai enregistré du violon/alto sur quatre morceaux, dont trois figurent sur l’album…
C’est ça qui t’a été demandé : beaucoup d’impro ?
Pascal savait que je fonctionne beaucoup là-dessus. Je peux préparer des choses à la maison, mais une fois que je suis dans une situation précise, j’aime bien partir et improviser. Mon travail a donc beaucoup tourné autour de ça, de l’impro, et chacun rebondissait sur mes propositions. Puis je suis revenue à Bruxelles et ils ont continué leur petit bout de chemin. Il y a quelques jours, Universal m’a recontactée pour répéter et enregistrer trois clips, pour trois morceaux de l’album qui seraient réinterprétés à trois, donc Bertrand , Pascal et moi (Ndlr : c’est en boîte, depuis cette interview). Dans ce projet, je suis le vent qui passe, mais… j’ai parlé à Pascal il y a peu : eux-mêmes ne savent pas très bien vers où ça va. Ils se laissent porter…
 

Vu de l’extérieur, on peut percevoir dans Détroit un petit quelque chose de pas calculé, non ?
Ils ont passé deux ans à répéter et enregistrer dans le grenier de Bertrand, juste à deux, et ils étaient vraiment très longtemps dans une grande intimité. Puis ils ont décidé de faire cet album, mais ils ne savaient même pas en enregistrant s’ils allaient faire du live. Je crois qu’ils vivent au jour le jour, avec ce projet. Jusqu’ici en tout cas, ils ont vécu au jour le jour. Il y a eu beaucoup d’interruptions. C’est tout un monde à gérer  aussi, je pense. Leur souhait, c’est de pouvoir enfin se retrouver dans la musique.
Humainement parlant, qu’as-tu trouvé dans cette collaboration ?
J’avais enfin le plaisir immense de travailler avec Pascal. Avec Bertrand aussi, bien entendu, mais je le redis : Pascal, c’est une histoire qui remonte à des années. J’ai vu 16 Horsepower sur scène à Genève il y a une dizaine d’années, dans un festival. J’étais justement dans une période pleine d’angoisses métaphysiques, et donc David Eugene Edwards avec ses yeux révulsés, qui se donnait entièrement, c’était impressionnant. Et Pascal à ses côtés, avec ce son de basse, ancré dans le sol, m’a fort impressionnée aussi. J’ai découvert Lilium plus tard… C’est vraiment tout un parcours. Je me suis dit : « Un jour, je voudrais travailler avec cet homme ! » Ça a mis un temps fou. J’ai un projet avec Hugo Race, sur lequel nous avons commencé à travailler, et nous voudrions que Pascal en fasse partie. Pascal voudrait en faire partie aussi, mais il est tellement pris par Détroit que je ne sais pas si ça se fera. Mais c’était déjà le début d’une collaboration.
 
Didier Stiers

Horizons" l'album de Détroit, nouveau groupe de Bertrand Cantat est dans les bacs / francebleu.fr

par Mila Ta Ninga,  France Bleu Gironde
"Horizons" l'album de Détroit, nouveau groupe de Bertrand Cantat est dans les bacs

Lundi 18 novembre 2013 à 07h00

Après des années de silence, Bertrand Cantat sort, ce lundi 18 novembre, un album avec son groupe Détroit, en duo avec Pascal Humbert. Une sortie teintée de polémique, dix ans après le drame de Vilnius et le meurtre de sa compagne Marie Trintignant. Un album où Bertrand Cantat fait des références directes à sa vie. Ce qui n'était pas le cas du temps de Noir Désir, selon son ancien manager.
 
 
Bertrand Cantat sur la scène du festival des Terres Neuves le 2 octobre 2010   © Radio France

L'album de l'ancien leader du groupe Noir Désir, sort ce lundi. Le groupe : Détroit. Le nom de l'album : Horizons. Un duo entre deux connaissances de longue date, Bertrand Cantat et Pascal Humbert en collaboration avec Bruno Green.
 

Depuis fin septembre, la maison de disque Barclay/Universal, prend toutes les précautions pour une communication à minima. Bertrand Cantat ne s'est exprimé que dans les Inrockuptibles le 23 octobre dernier, qui titre "Un homme qui ne se cherche pas d’excuses, mais qui ne peut survivre sans la musique".
Côté musical, le 30 septembre, signe la sortie du premier single, extrait de l'album,  "Dans le Soleil", suivi le 4 novembre par "Null and void" et enfin vendredi dernier le dernier des titres en avant première, "Horizon".

"Jusqu'ici, Bertrand n'avait pas fait de références directes à sa vie. Là, il y en a."
— Didier Estèbe, ancien manager de Noir Désir
 

 
Autre précaution : la date de sortie. Au départ, prévue pour le 24 novembre, la date a été avancée au 18 novembre pour éviter qu'elle ne coïncide avec la Journée internationale de la violence à l'égard des femmes.
Affaire Trintignant en fond de tableau
Bien évidemment la sortie de cet album fait ressurgir les déboires judiciaires l'ex-leader de Noir Désir. Il y a dix ans, à Vilnius, l'actrice Marie Trintignant meurt sous les coups portés par Bertrand Cantat. D'ailleurs dès la sortie de premier single d'Horizons, les avis ont divergé. Selon un sondage  BVA Le Parisien Aujourd'hui en France, paru le 30 septembre dernier : 59 % des Français connaissant Bertrand Cantat trouvent normal qu'il puisse reprendre sa carrière "car il a maintenant accompli sa peine". Ils ne sont que 37 % à dire ne pas trouver ça normal, "car après sa condamnation, ce n'est pas décent".
Tournée 2014 : en mai au Krakatoa
C'est en tout cas le souhait de Didier Estèbe, le directeur de la salle de concert basée à Mérignac qui est en pleine négociation pour fixer une date exacte. D'ors et déjà, il annonce, que le concert sera "sûrement le moins cher de toute la tournée 2014", aux alentours de 25 euros la place. En attendant, depuis ce matin, vous pouvez trouver l'album Horizons et ses dix titres à partir de 15,95 euros dans les points de ventes habituels.

"Horizons", le nouvel album de Bertrand Cantat sort ce lundi / nouvelobs.com

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"Horizons", le nouvel album de Bertrand Cantat sort ce lundi

Publié le 18-11-2013 à 07h54
"Horizons" est en fait l'œuvre d'un duo, celui formé par Bertrand Cantat et le bassiste Pascal Humbert, qui se connaissent depuis de nombreuses années.
 
 
 
Bertrand Cantat aux Eurockéennes de Belfort en juin 2012. (SEBASTIEN BOZON / AFP)
 
Bertrand Cantat sort lundi 18 novembre son premier album depuis la mort de Marie Trintignant, un disque très personnel et forcément sujet à interprétation, dont l'écoute s'avère parfois dérangeante.
"Horizons" est en fait l'œuvre d'un duo, celui formé par Bertrand Cantat et le bassiste Pascal Humbert, qui se connaissent depuis de nombreuses années.
Après la séparation de Noir Désir fin 2010, les deux hommes ont enregistré dans le sud de la France, entourés de proches qui ont accompagné Cantat vers son retour à la musique : le metteur en scène Wajdi Mouawad et les membres du groupe Shaka Ponk.
Dans le long entretien qu'il a accordé le mois dernier aux Inrockuptibles, le chanteur confiait que l'idée de refaire un disque avait longtemps été "paralysante".
 
Des mots sujets à interprétation
 
"Il a fallu tout analyser - avec de l'aide, je ne le cache pas - pour recommencer : à quoi bon sortir un disque si c'est pour se faire défoncer ? Mais un truc a fini par surgir de ces questions, de ce combat", disait-il.
Dix ans après le meurtre de Marie Trintignant qui a valu à Bertrand Cantat d'être condamné à huit ans de prison (il a été libéré en 2007), le drame de Vilnius est toujours un sujet sensible dans l'opinion, comme l'ont montré les vives réactions provoquées par l'annonce de son retour.
Dans ce contexte, difficile d'écouter le disque sans que chaque mot de Bertrand Cantat soit sujet à interprétation, d'autant que le chanteur signe toutes les chansons d'"Horizons" à l'exception de la dernière. Une reprise d'"Avec le temps", de Léo Ferré.
La plupart des titres sont de poétiques réflexions souvent teintées de désespoir, qui témoignent du talent d'auteur intact de Bertrand Cantat, à l'image du premier extrait, la valse décharnée "Droit dans le soleil".
Mais deux textes écrits à la première personne, "Ange de désolation" et "Horizon", sont plus explicites.
Nichés au cœur du disque, entre deux interludes musicaux, ils reprennent les thèmes évoqués par Bertrand Cantat dans son interview aux Inrockuptibles: son amour pour Marie Trintignant, la perte qu'il ressent, ses idées suicidaires, la prison, son dégoût pour les médias.
Une écoute dérangeante, voire éprouvante
Sur des arrangements dépouillés, Bertrand Cantat chuchote à l'oreille de l'auditeur, pris à témoin pour entendre sa version de l'histoire. Une écoute dérangeante, voire éprouvante.
"Dors mon ange de désolation, rien ne pourra jamais nous enlever nos frissons", chante-t-il sur "Ange de désolation", évocation d'un amour défunt.
"En direct, notre cœur en dissection/Dans leur panier à ordures, il y aura cinq cent dix versions/Pour engraisser les porcs...", poursuit-il.
"Je sais qu'il faut se taire/Au loin le tonnerre gronde/Eradiqué du monde/Evincé de la terre", dit-il dans "Horizon", chanson sur ses années de prison à regarder le "ciel barbelé".
"Quel débris ou quel morceau de moi/d'abord te rejoindra", s'interroge-t-il.
Musicalement, Détroit reprend les choses là où les avaient laissées Noir Désir avec "Des Visages, des figures", publié en 2001. Ce dernier disque marquait un tournant dans la carrière du groupe, qui commençait à tourner son regard vers un univers plus large que le rock.
Dépouillé mais très délicatement orchestré, "Horizons" s'aventure du côté du folk, en mettent en valeur la voix éraillée de Cantat, intègre des boucles électro, évoque la transe orientale.
Sur "Le creux de ta main" et "Sa majesté" - féroce critique sociétale - Bertrand Cantat efface les dix dernières années, en retrouvant l'urgence rock et une certaine légèreté dans l'interprétation. Mais parce qu'elles sont en anglais, ce sont "Glimmer in your eyes" et "Null and Void" qui se détachent.
Rappelant fortement l'univers folk-rock de 16 Horsepower - l'ancien groupe de Pascal Humbert -, les deux titres sont ceux sur lesquels Cantat semble chanter le plus facilement. Comme libéré du poids des mots.

"Horizons", de Détroit, ou le retour musical réussi de Bertrand Cantat / metronews.fr

"Horizons", de Détroit, ou le retour musical réussi de Bertrand Cantat
Créé : 18-11-2013 06:00
 
CRITIQUE – Aucun album n'a autant fait parler de lui avant sa sortie dans l'histoire du rock français. "Horizons", de Détroit, le nouveau projet de Bertrand Cantat, avec Pascal Humbert, est son premier disque post-Noir Désir. Post-Vilnius aussi. A l'arrivée, 46 minutes de rock, teintées d'influences multiples, sur lesquelles le chanteur se livre avec une retenue aussi surprenante que séduisante.
 
 

Bertrand Cantat et son partenaire Pascal Humbert dans le clip de "Droit le soleil". Photo : Barclay
 
 
 
Et si on parlait (enfin) de musique ? Bertrand Cantat sait bien que ce premier album solo n'est pas tout à fait comme les autres. Qu'il est difficile de le glisser dans son lecteur CD sans penser à tout un tas de choses... qui s'effacent (presque) aussitôt dès les premiers accords de guitare et l'entrée en scène de cette voix. LA voix du rock français depuis la fin des années 1980. Le timbre de Cantat n'a guère changé, sinon plus fragile. Le verbe est précis, les rimes soignées, chaque mot est lâché avec l'intensité qui n'appartient qu'à son auteur. De qui, de quoi parle "Ma Muse" ?
"Ça m'inspire chaque fois que je respire ton essence complice, qui goutte à goutte, s'immisce, en moi", scande le chanteur sur ce titre qui gagne en intensité électrique au fil des minutes. On essaie d'imaginer à quoi aurait ressemblé à ce vrai-faux mid-tempo avec Serge Teyssot-Gay & co. Et puis on se laisse porter. Ecrit en anglais, "Glimmer in your eyes" évoque la poésie brute de Johnny Cash, embellie d'instruments à cordes et d'arrangement électroniques discrets. "Sometimes I wonder where you are", lance Cantat au(x) fantôme(s) qui hante(nt) ses nuits.
"Cherche ton horizon, entre les cloisons"
Sur "Terre Brûlante", le chanteur et ses nouveaux partenaires tissent une road song métaphorique sur laquelle flotte un parfum de western et de musique africaine. Une parenthèse dépaysante, suivie d'un interlude orageuse qui précède le diptyque majeur de l'album. Impossible d'écouter "Ange de Désolation" sans "avoir les poils". Au cœur de cette confession brute, qui s'adresse à l'être cher, ces paroles, terribles : "Tu sais maintenant de ce côté du monde on étouffe (…) en direct notre cœur en dissection / dans leur panier à ordures il y aura cinq cent dix versions / pour engraisser les porcs (…) Dors mon ange de désolation / rien ne pourra jamais nous enlever / nos frissons".
Et puis vient "Horizon", évocation sans fard de son séjour en prison. "Combien de temps déjà, combien de temps passé / dans ce tunnel sous la cour des cent pas éternels / éternellement enfoui derrière la porte close, et la vitre sans tain, la peau de quartz vert", chante le Bordelais. Puis plus loin : "le rythme carcéral passe par la tuyauterie / un dialogue de misère / pour dire qu'on est encore en vie". A mi-parcours, un bref orage de guitares retentit. Puis se dissipe d'un coup. "Cherche ton horizon, entre les cloisons", répète Cantat, comme un mantra.
"Ah aujourd'hui je sens que souffle la révolte"
La suite du disque n'atteindra jamais le même degré d'intensité. "Droit dans le soleil", le premier "single" paraît presque lumineux, au regard de la tempête qu'on vient de traverser. Enlevé, direct, "Le Creux de ta main" évoque le Noir Désir de la période Tostaky, tandis que Sa Majesté et sa basse rondelette ouvre un sillon groovy séduisant. "Ah aujourd'hui je sens que souffle la révolte. Ooh et puis non.. Ah quoi bon ? Sa Majesté domine bien son sujet", suggère Cantat, soutenu par Samaha Sam, la chanteuse de Shaka Ponk. Une allusion désabusée à la situation politique d'un pays dont il s'est (trop) mêlé par le passé ?
A bientôt 50 ans, le chanteur se raconte avec une pointe d'ironie sur l'entraînant "Null and Void", l'autre titre en anglais. "Here I Am, god knows I'm stranded in our times/ suffocated, a champion in is prime / Call me a computer illiterate", soupire le poète rock avant de clore l'aventure en revisitant l'un de ses maîtres, Léo Ferré. "Avec le temps, va, tout s'en va", éructe-t-il, alors qu'il avait été surprenant de retenue jusqu'ici. Tout s'en va, vraiment ?
Un artiste qui a encore des choses à dire
Avec ce disque d'une beauté brute, parfois troublante, Bertrand Cantat ne fera pas oublier Noir Désir. Evidemment. Ni les drames qu'il aborde avec un courage que certains qualifieront peut-être d'aplomb insupportable. D'un strict point de vue musical, "Horizons" n'en reste pas moins le retour réussi d'un artiste qui a marqué son époque. Et qui a encore des choses vraies à explorer et à exprimer, à l'heure des reprises sans âme et des télécrochets sans lendemain. Qu'on le veuille ou non.

Cantat : "La musique, c'est mon moyen d'expression" - Sud Ouest


L'ex Noir Désir Bertrand Cantat fait son retour avec le groupe Détroit et l'album Horizons dans les bacs lundi / France 3 Pays de la Loire

L'ex Noir Désir Bertrand Cantat fait son retour avec le groupe Détroit et l'album Horizons dans les bacs lundi

Douze ans après l'album "Des visages des figures", dix ans après le drame de Vilnius, Bertrand Cantat retrouve sa guitare, sa voix et de nouveaux horizons...
 
Par Eric Guillaud
Publié le 16/11/2013 | 11:16, mis à jour le 16/11/2013 | 11:26

© AFP / Sébastien Bozon
 
 Tous ceux qui ont vécu les années 80, oui oui au siècle dernier, savent à quel point le groupe Noir Désir a radicalement modifié le paysage rock français. On sortait à grand-peine du mouvement punk, du No future asséné à tour de voix par des groupes venus principalement d'Outre Manche quand soudain surgit de Bordeaux un ovni rock aussi énergique que poétique.
 Bien sûr, on ne comprenait pas tous les textes mais on sentait que quelque chose d'important se passait. Un choc !
 Qui se souvient aujourd'hui du premier disque sorti en 1987, un vinyle, oui oui la chose ronde et noire avec des sillons, intitulé "Où veux-tu qu'je r'garde?". Six titres essentiels qui allaient sceller l'avenir du rock en France pour pas mal de temps.
 Qui se souvient aussi des concerts de ces années-là dans des salles relativement modestes comme le cirque d'hiver à Elbeuf, charmante bourgade de Seine-Maritime ? 500 personnes à tout casser, 500 personnes abasourdies qui s'interrogeront pendant longtemps sur ce qu'ils avaient vu ce soir-là sur scène. Un miracle peut-être !


Mais je m'égare, la suite de l'histoire vous la connaissez. Six albums studio, un succès international, deux tours qui s'effondrent le jour de la sortie de l'album "Des Visages des figures" en septembre 2001...


Puis c'est le drame de Vilnius en 2003, la mort de Marie Trintignant, des années de prison pour le chanteur, le suicide de Kristina Rady, la dissolution de Noir Désir... et finalement le retour de Bertrand Cantat avec ce titre, "Droit dans le soleil", posté sur YouTube en septembre dernier, en éclaireur du premier album de Détroit...


Des frissons, forcément ! Chacun essaie de trouver dans ce titre des allusions au drame. Les paroles toujours aussi poétiques, sombres et mystérieuses de Bertrand Cantat y font forcément référence : "Tous les jours, on retourne la scène. Juste fauve au milieu de l'arène. On ne renonce pas. On essaie de regarder droit dans le soleil". Oui, droit dans le soleil pour trouver... un autre horizon "entre les cloisons". "Horizon" justement, deuxième titre de l'album dévoilé sur Internet le vendredi 15 novembre. Aucune ambiguïté, le passé proche du chanteur est là "derrière la porte close et la vitre sans teint (...) il ne fait jamais nuit sous ce jour de néon"...


"Je sais qu'il faut se taire, au loin le tonnerre gronde, éradiqué du monde, évincé de la Terre, cherche ton horizon entre les cloisons...", chante un Bertrand Cantat à nouveau inspiré après des années de chaos, de cauchemars et de doutes... Pascal Humbert, son complice dans l'affaire, n'y est pas pour rien...

 
 
Quand je vois à quel point je suis doué pour la vraie vie, je préfère encore être sur scène
Détroit bientôt sur scène ? On peut l'espérer, le supposer, au vu des déclarations du chanteur dans un entretien exclusif accordé à Jean-Daniel Beauvallet pour Les Inrockuptibles "C'est un espace qui m'est plus naturel que la vie... Quand je vois à quel point je suis doué pour la vraie vie, je préfère encore être sur scène (sourire)..."
 Selon nos confrères de Metronews, un concert à La Cigale le 4 juin 2014 serait d'ores et déjà programmé...